Et si notre assiette de saumon du dimanche laissait une trace un peu plus durable qu’un simple souvenir gustatif ?
Depuis quelques années, plusieurs équipes de recherche démontrent que le plastique ne reste plus cantonné aux océans : il remonte toute la chaîne alimentaire jusque dans notre sang.
Ce que montrent les études
En 2022, des chercheurs de l’université d’Amsterdam ont mis au point une méthode capable de détecter les nanoparticules de plastique dans le sang humain.
Résultat : la grande majorité des échantillons testés en contenaient, avec le PET, le polyéthylène et les polymères de styrène comme matières les plus fréquentes.
Publiée dans Environment International, cette étude a été la première à documenter noir sur blanc que notre circulation sanguine n’est plus exempte de déchets plastiques.
Parallèlement, la piste alimentaire se précise. Les poissons, mollusques et crustacés absorbent les microplastiques présents dans l’eau, et nous les récupérons en bout de chaîne : certaines estimations évoquent plusieurs milliers de fragments ingérés chaque année chez les gros consommateurs de fruits de mer.
Le saumon, en particulier, cristallise l’attention. Poisson gras par excellence, il concentre plus facilement dans sa chair les polluants organiques et particules qui se fixent sur les tissus lipidiques. Une enquête récente rappelle que la France, un des plus gros pays consommateurs de saumon au monde, est directement concernée par cette problématique — au point que l’Anses recommande de ne pas dépasser deux portions de poisson par semaine et de varier les espèces consommées.
Pourquoi le « gras » joue un rôle : les nanoplastiques, contrairement aux fragments plus gros, sont assez petits pour franchir les barrières biologiques et rejoindre la circulation sanguine. Et les composés chimiques associés au plastique ont une affinité particulière pour les graisses, ce qui en fait un terrain de bioaccumulation privilégié.
Ce qu’on ne sait pas encore
Il faut rester prudent : le lien direct et causal entre « manger tel poisson » et « avoir tel taux de plastique dans le sang » n’est pas encore établi par une étude unique et définitive. Les chercheurs eux-mêmes insistent sur le manque de données toxicologiques pour évaluer précisément les risques. En revanche, une étude parue en 2024 dans le New England Journal of Medicine a établi une association entre l’accumulation de ces particules dans les vaisseaux sanguins et un risque accru d’événements cardiovasculaires chez certains patients.
Ce qu’on peut retenir
- Le plastique circule désormais dans le corps humain, c’est un fait établi.
- Les produits de la mer sont une des voies d’exposition les mieux documentées.
- Les poissons gras semblent jouer un rôle amplificateur, du fait de leur teneur en lipides.
- Les effets sanitaires précis restent en cours d’étude, mais les premiers signaux ne sont pas rassurants.
On ne parle plus ici d’un sujet uniquement environnemental. C’est un sujet de santé publique qui nous concerne tous, à chaque repas.
Sources : Leslie et al., Environment International (2022, Univ. Amsterdam) ; Anses ; New England Journal of Medicine (2024) ; travaux compilés sur la contamination des produits de la mer.
- Docteur Richter
- Micronutrition